2021-06-08 12:46:44

Credit photo Josué Wallay © Josué Wallay : Ruffin RAMAZANI /chercheur

Eruption du volcan Nyiragongo du 22 mai 2021, une équation à plusieurs inconnues pour la population de la ville Touristique de Goma


C’est dans un contexte d’une fragilité institutionnelle de plusieurs décennies que la ville de Goma, capitale de la province du Nord Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), a enregistré une nouvelle éruption du volcan Nyiragongo. Cette catastrophe naturelle aux conséquences fâcheuses a créé un imbroglio dans les milieux scientifiques en charge du suivi régulier de la chaine des volcans le long des frontières entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Les incertitudes scientifiques ont entouré toutes les
discussions sur l’évacuation d’une bonne partie de la population de la ville de Goma vers des milieux jugés sécurisés : Sake, Minova, Bukavu, Rutshuru, ... Cela s’est passé pendant que la population est soumise au respect des mesures sanitaires liées à la pandémie de la Covid-19 et les plaies de la maladie à virus Ebola ne sont pas encore cicatrisées.
Sur son passage, la coulée de la lave a emporté quelques installations électriques et de distribution en eau potable dans la ville de Goma. Le ravitaillement de la ville en denrées alimentaires demeure inquiétant car les milieux de provenance étant fortement saturés par la présence des populations sinistrées du volcan Nyiragongo. Aux dix-sept villages détruits par la lave, il faut noter les actions malveillantes de quelques malfrats qui se sont livrés à cœur joyeux à une spéculation à la hausse du taux de dollars américains par rapport aux francs congolais et du prix des denrées alimentaires. Il a aussi été enregistré des cas de décès liés directement à l'éruption du volcan et les autres décès consécutifs à la panique qui s'est emparée de la ville de Goma. L’impact de cette éruption accroit les besoins prioritaires évalués par les autorités politico-administratives accompagnées des associations de la société civile et des agences humanitaires.
Les institutions publiques face à la gestion de la crise
Le Directeur scientifique de L'Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) a révélé une triste réalité selon laquelle cette cellule en charge d’assurer l’alerte et la surveillance de l’activité volcanique avait arrêté sa surveillance du Nyiragongo pendant les sept derniers mois, soit depuis octobre 2020 jusqu’avril 2021, faute de moyens financiers et d’équipement de surveillance. Les activités du volcan Nyiragongo et d’autres volcans de la chaine n’étant plus
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surveillé, la population étant quasiment abandonné à son triste sort, l’éruption du volcan Nyiragongo, du 22 mai 2021, ne devrait donc pas être interprétée sous un masque d’un « événement surprise ». Il est d’un principe élémentaire selon lequel « diriger c’est prévenir ». Cette triste réalité a été à la base d’un manque de données scientifiques fiables et vérifiables et d’informations en temps réel pouvant alimenter des mesures administratives et un éventuel plan de contingence en cas de crise. Toutes les simulations faites dans le cadre d’un éventuel plan d’évacuation de la population de la ville de Goma n’ont pas visiblement servi de cas d’école. Cette situation qui relève des failles importantes des services habilités a donné, de manière légitime, place à la panique, à des rumeurs au sein de la communauté, à une crise de confiance entre partenaires.
La sécurité des personnes et de leurs biens
Le besoin de sécurité des personnes et de leurs biens reste une préoccupation fondamentale aux termes des articles 85, 182 et 203 point 12 de la constitution du 18 février 2006 telle que modifiée en 2011, article 2 alinéa 1 de l’ordonnance No 21/016 du 3 mai 2021 portant mesures d’application de l’état de siège sur une partie du territoire de la République Démocratique du Congo
Les vulnérables, entre autres les personnes vivant avec handicap, les femmes enceintes, les enfants, les malades, les vieillards, ainsi que les autres groupes marginalisés devraient constituer une catégorie prioritaire des personnes sur lesquelles les services de la protection civile devaient placer en ordre utile.
Le plan d’évacuation de la population se focaliserait de plus en plus sur ces particularités. L’interdiction d’accéder aux sites couverts par la lave en période post éruption serait une mesure appropriée pour limiter l’impact lié à l’inhalation des particules toxiques émises dans la fumée. Visiblement, le «plan de contingence» a été par un déficit en termes de communication, de la prise en charge des sinistrés, de l’organisation des actions de secours aux sinistrés, des incertitudes sur les mesures d’alerte précoce et d’évacuation, etc. A qui profite ces imprécisions ? Qui devra répondre de tous les préjudices causés aux uns et aux autres ?
La communication, une arme importante pour l’évitement des rumeurs, le contrôle de la panique et contre la propagation des fake news
Bien qu’étant censé suivre un circuit de transmission des informations fiables provenant des institutions habilitées dans le contrôle de l’activité volcanique, le système d’information autour de l’activité volcanique semble lourd, très peu rassurant et étouffé par un manque de réactivité face aux événements. Cela laisse les institutions fragilisées dans un quiproquo. Il semble moins rassurant dans un tel contexte de décider avec toute certitude et conviction. En principe, le
système d’information autour des comportements à adopter en situation des catastrophes naturelles devrait se servir des canaux traditionnels de communication à la portée des autorités politico-administratives en vue de donner de manière rationnelle les vrais messages. Bien évidemment, ce système doit agir en périodes pré, pendant, et post éruption sans ignorer de manière particulière les contextes y afférents. Une bonne appropriation du message par la population dépendrait aussi, non seulement de « l’art de communiquer » mais aussi et surtout de la langue et du support de communication (Maya M, les populations de l’Est de la RDC ont
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besoin d’avoir des informations sur l’épidémie de la maladie à Virus Ebola dans une langue qu’elles comprennent, une évaluation rapide des besoins linguistiques à Goma, RDC). Le système d’information autour de l’activité volcanique de Nyiragongo après son éruption, le 22 mai 2021, a été affecté par des rumeurs fulgurantes via des voies non officielles. Tel a été les cas des messages publiés sur des réseaux sociaux parfois par certaines personnalités susceptibles d’influer sur l’opinion publique, des images des éruptions importées, des prophéties de certains religieux fixant la date d’une éventuelle nouvelle activité volcanique, une confusion par rapport au volcan qui était en éruption, l’orientation de la coulée de laves, une vidéo allant jusqu’à suspecter une possible cause politique liée à l’activité volcanique et d’autres informations faisant du buzz sur les réseaux sociaux.
L’éruption volcanique, opportunité ou menace pour la ville touristique de Goma
Bien que l’activité volcanique ait provoqué une panique et contrarié la population, certains opérateurs économiques notamment du secteur pétrolier se sont lancés dans une spéculation à la hausse du prix de carburant. Ceci a provoqué une hausse du coût de transport. Une telle attitude a aussi été observée dans les milieux de certains opérateurs de change de monnaie, le taux de change passant de 2000 Fc à 1900 Fc le dollar. Les victimes de cette situation sont nombreuses. A cela, il faut ajouter le nombre important des familles dont les maisons ont été totalement ensevelies par la lave, les dégâts sont énormes. Elles sont aujourd’hui condamnées à l’errance en attente d’une éventuelle assistance pour se maintenir avant d’être informée de tout plan de réinstallation existant.
Les sinistrés dans les milieux d’accueil
Avec l’arrivée massive de déplacés sinistré de volcan Nyiragongo dans les milieux d’accueil, il s’observe un phénomène désolant suite à l’absence des mesures d’encadrement. Les prix des denrées alimentaires ont été revus à la hausse. A titre d’exemple, un verre du riz qui coûtait 350Fc est passé à 700Fc, un bol de haricot communément appelé Murongo qui coûtait 2000Fc est passé à 2500Fc, un bol de farine de maïs qui était à 700Fc est passé à 1000Fc, etc.
Plusieurs familles sinistrées passent la nuit à la belle étoile. Des plaintes se font sentir dans les entités d’accueil sous un refrain de détournements des aides et du besoin d’assistance humanitaire (Assistance en vivre et Non vivre d’urgence, Approvisionnement médical pour assister les déplacés, Assistance en Abris d’urgence, Construction de douches d’urgence ; Installation de tanks, Aménagement de toilettes ou latrines et installation des lavages des mains, etc.
Les populations ayant suivi l’ordre d’évacuer la ville de Goma sont petit à petit entrain de retourner dans la ville et cela en conformité avec le plan de retour annoncé ce mardi, 7 juin 2021, par l’autorité publique.
Leçons apprises et perspectives d’avenir
- Le volcan Nyiragongo restant en activité impose un rythme de vie à la population de la ville de Goma et un renforcement des mécanismes de surveillance par l’OVG. Cette structure doit être dotée des équipements, du personnel et des moyens financiers conséquents pour produire des données scientifiques fiables et vérifiables en temps réel ;
- Développer des outils solides et appropriés de communication adaptés au contexte socioéconomique et environnemental de la région. Une bonne communication et une « éducation volcanique » de la population pourra permettre une appropriation d’un éventuel plan de contingence, souple, équipé et bien réactif. Les chefs de dix maisons « nyumba kumi » devraient être mis à profit en vue d’une appropriation d’un tel programme d’éducation ;
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- Elaboration et publication d’un plan de réinstallation et d’assistance de la population sinistrées dans les meilleurs délais. Cela imposerait une participation des sinistrés dans le processus d’élaboration de ce plan de réinstallation et de suivi ;
- Activer un programme de renforcement des capacités du personnel des services habilités (Services de la Protection civile, Observatoire Volcanologique de Goma), et soutenir le programme de la recherche continue dans le cadre de l’activité volcanique, du gaz méthane, et d’autres ressources naturelles dont les impacts peuvent être associés ;
- Mettre en place un cadre permanent de concertation de toutes les parties prenantes (société civile, OVG, autorités politico-administratives, les agences humanitaires, les universités, les églises et les notabilités locales) pour un encadrement des populations de la ville de Goma au sujet des catastrophes naturelles. Les universitaires devront être mis à profit et invités notamment à élaborer une note technique sur la nécessité de la création de ce cadre de concertation en ville de Goma ;
- Désigner une équipe de chercheurs pouvant fournir des études sur le gaz méthane du lac Kivu, son exploitation, ses retombées économiques, sociales et environnementales. L’électrification de la ville de Goma et ses environs étant le point culminant d’un tel projet, les besoins de protection de l’environnement devront aussi attirer l’attention des décideurs en vue d’une balance des intérêts et le bien-être des populations (Comité de Soutien et de Plaidoyer pour la Région des Grands Lacs Africains, CSP-REGLA, Communiqué No02/CSP-REGLA/21 du 24 mai 2021 se rapportant à l’éruption volcanique du 22 mai 2021 à Goma en République Démocratique du Congo).
- Capitaliser l’aspect touristique de la ville de Goma, une ville qui vibre au rythme du volcan Nyiragongo, du gaz méthane du lac Kivu, d’une architecture moderne, d’un esprit entreprenariat, d’un site du patrimoine mondial de l’Unesco (Parc National des Virunga) et des expériences fortes de gestion des forêts des communautés locales.


Par :
Ruffin Bindu Ramazani| Chargé d'élaboration, suivi et évaluation des projets au Centre de Recherche sur la Démocratie et le Développement en Afrique/CREDDA - ULPGL, Call Center Manager_Crisis Observatory, Formateur et Consultant chercheur, Etudiant inscrit en troisième cycle à l’Université Libre de Kigali/ Rwanda en Science de Développement
Expert en Santé et Développement Communautaires| Department de Gestion et Administration des Projets |Université Libre des Pays des Grands Lacs
Mobiles: DRC +243 97 05 02 161, (used for Whatsapp)
Email: ruffinramazani006@gmail.com| ruffin@credda-ulpgl.org Skype and LinkedIn: Ruffin RAMAZANI

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